Pour la plupart des pays occidentaux, la révolution sexuelle est arrivée dans le milieu des années 60. Pour la population gay, elle est arrivée dans les années 70. Treize hommes et une femme portent un regard rétrospectif sur la vie et la sexualité des gays de Manhattan et de Fire Island - à partir des évènements de Stonewall en Juin 1969 jusqu’aux premiers rapports de cas de SIDA en Juin 1981. Ils décrivent l’évolution rapide de la répression à la célébration, de la suppression de la honte à la fierté, la quête de l’autre, la liberté avant le sida, les amitiés, et la fraternité. Ils nous entrainent surtout dans leurs plans drague et autres plans cul dans les lieux publics( Des camions aux quais, en passant par le marché aux viandes de Central Park), le milieu de la drogue, les bars et les saunas, la naissance des spectacles et des clubs de danse, les nuits étoilées de Fire Island (la Mecque ultime des vacances gay). Photographies, vidéos d’archives, clips de films et interviews contemporaines (avec quelques extraits de films pour adultes millésimés) témoignent de l’histoire.
Œil de La Lucarne:
Cette chronique poignante à la fois sauvage et révélatrice de la culture gay dans le New York post-Stonewall et pré-SIDA explore avec franchise la passion sexuelle débridée et l’exploration qui ont marqué cette période de 12 ans, et qui a lancé le mouvement moderne des droits des gays. A l"aube actuelle de la reconnaissance des droits des homosexuels, le film jette un regard emprunt de nostalgie voire parfois de regret sur cette période importante pour notre communauté.
Le réalisateur Joseph Lovett aborde le sujet sans porter de jugement moral et suggère que bien qu’avec la visibilité le sexe se dé-fétichise et devient monnaie courante, ses attraits sensuels et émotionnels demeurent intacts. Et plus encore, cet affichage servi de moyen pour le changement social comme en attestent avec candeur et charme les témoignages de ceux qui ont célébré cette gratification physique. Bien sûr le spectre du sida plane dès le début, mais la maladie ne fait son apparition qu’après 60 minutes sur 75 minutes de films. Ce qui n’est pas très surprenant puisque le sida a été le fossoyeur qui sonna littéralement le glas de la promiscuité effrénée qui a marqué cette époque. Au cours de l’entrevue, Lovett affirme que cette période fût la plus libertines que le monde occidental n’a jamais vu depuis Rome et c’est sans doute très vrai. Mais l’Empire romain a fini par s’écrouler alors espérons maintenant que la hausse des comportements à risques, symptôme de cette tentation de retrouver cette liberté insouciante et sans frein, ne cause pas notre propre chute car ce relapse a ses conséquences. Faut-il pour autant regretter d’en être passé par là... ? Ceux qui l’on vécu ne le pense visiblement pas.
À chacun aujourd’hui de se faire son opinion.
Extrait :
« Barton Benes : Je travaillais dans mon studio et c’était comme
un appel, il fallait que j’aille faire un tour aux
camions.
Et même si j’était au beau milieu d’un truc créatif
et intéressant, j’arrêtais tout et je filais là-bas.
Voilà l’effet que ça avait sur mon art.
La voix (Joseph Lovett) : Donc le sexe passait avant tout ?
Barton Benes : Oui. Enfin... À certain moments, je pense, oui.
Je n’imaginais pas vivre sans. »
Cote : X_X_X_X
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par Fred Goutier