Claude Pérès a tout du trentenaire, dandy et romantique, fragile, doux, aimable… et pourtant il a fait le pari fou d’inviter Marcel Schlutt, un des acteurs pornos allemands les plus sexy , à faire l’amour avec lui, devant une caméra. A l’époque, prétendra t-il, il ne connaissait pas les activités de son acteur et le défi était donc réel. Allait-il plaire à Marcel, celui-ci allait il le prendre au sérieux et jouer le jeu, jusqu’au bout, leurs pratiques sexuelles allaient-elles se compléter ? Tout était possible, y compris le refus de Marcel de participer !
Œil de La Lucarne:
L’ambition première de Claude Pérès était de réaliser un film différent, dans sa forme et son concept, qui explore les thèmes du pouvoir et du désir. En n’imposant rien, mais en donnant des pistes de réflexion. Pari gagné !
Une belle rencontre humaine se déroule devant nos yeux, dans un appartement sublime et dépouillé, quelques meubles design, des éclairages chauds et tamisés. Première scène, les deux garçons se déshabillent, ôtent un à un leurs habits de ville, puis se rhabillent avec des slips blancs, puis les habits prêtés par le styliste Sébastien Meunier. Leur tenue de scène. S’en suit un agréable bavardage sur un canapé en cuir, pendant lequel, le réalisateur explique le concept à l’acteur et fait connaissance avec lui. Puis ils s’embrassent et se caressent. L’obscurité se fait. Seuls les bruits provoqués par les frottements des deux corps, les gémissements échangés demeurent. De quoi mettre le spectateur dans un état de frustration intense.
Au bout du compte, Claude met fin à ces ébats. Il propose d’aller acheter à manger. Les deux garçons son affamés. Claude s’habille et sort. Pendant ce temps, Marcel prend une douche (on entend le bruit de l’eau, pendant que la caméra filme toujours le lit dans la chambre). Deux caméras disposées à deux endroits différents, filment en continu...
La suite est du même acabit, mais sachez que les deux garçons se retrouveront enlacés pour une relation chaude, où ils donneront beaucoup d’eux même dans un grand moment de douceur et d’excitation.
A un moment, Claude propose à Marcel de prendre la caméra et de devenir maître de la situation, c’est-à-dire de diriger les opérations. Ce dernier est très hésitant, et après quelques essais, la rend. Car c’est bien là l’objectif de Claude Pérès . Donner l’opportunité à son acteur de « prendre le pouvoir et de faire basculer le film dans ses délires ». Il ne la saisira pas. De même, le film est lent, s’attarde sur le corps magnifique de Marcel Schlutt. C’est pour s’opposer au cinéma actuel où tout va vite, pour ne pas laisser au spectateur la possibilité de réfléchir, de juger, de réagir… D’ailleurs, lors de sa première diffusion au Gay Porn Festival de Berlin, de nombreux spectateurs sortirent de la salle, mais restèrent devant cette dernière pour discuter du film. Pari doublement gagné pour Claude.
Parlons encore de la bande son, dont les bruits de la rue extérieure amplifiés donnent le sentiment d’être dans un lieu chaud et rassurant, des battements de coeur accélérés de Claude, qui rythment l’émotion des premiers ébats, du décor magnifique que constitue cet appartement tellement parisien, du détournement des codes des films pornos gays…
Pour l’instant le film n’a pas de diffuseur, mais il sera projeté à n’en pas douter dans les Festivals de Films LGBT, notamment à Bruxelles.
Si vous avez la chance de pouvoir voir Infidèles, n’hésitez pas !
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par Hugues Demeusy
Portfolio
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